Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 11:16

Aujourd'hui, cela fait 500 jours que le Premier Ministre Yves Leterme a démissionné pour la dernière fois. Spécialiste du genre, cette fois il bat tous les records, notamment de l'employé démissionnaire qui preste le plus long préavis.

 

Même si cette situation prête plutôt à sourire, voire à rire ("une bonne blague belge", une de plus), il est inquiétant de vivre finalement en post-démocratie depuis 500 jours, sans que cela n'émeuve les autorités européennes chargées de veiller au respect de la démocratie.

 

Celles-ci ne s'inquiètent guère. Ce qui les inquiète, c'est la santé financière du pays. Si le budget d'austérité n'est pas voté, "l'Europe bruxelloise" réprimandera le gouvernement belge en affaires courantes. Mais jamais elle ne réprimandera le gouvernement belge de ne pas avoir respecté le résultat des élections du 10 juin 2010. Or, le droit à des élections libres et démocratiques est bien consacré dans le Premier Protocole du 20 mars 1952 à la Convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des Libertés fondamentales, article 3: "Les Hautes Parties contractantes s'engagent à organiser, à des intervalles raisonnables, des élections libres au scrutin secret, dans les conditions qui assurent la libre expression de l'opinion du peuple sur le choix du corps législatif". Cet article est certes respecté sur le plan des principes, mais l'objectif qui est d'avoir un gouvernement correspondant à la majorité du corps législatif ne l'est plus depuis plus de 450 jours. Le protocole ferait bien d'être amendé dans un sens plus coercitif: "Les Hautes parties contractantes s'engagent à respecter le résultat des élections et à mettre en place un nouveau gouvernement correspondant à la majorité parlementaire dans les six mois ou, à défaut, à organiser de nouvelles élections".

 

La Belgique est en train d'expérimenter sur le plan national ce que Emmanuel Todd dénonçait dans son livre "Après la démocratie" (Gallimard, 2008). Il évoque dans ce livre le fonctionnement oligarchique, non démocratique, de l'Europe, le délitement des démocraties au niveau national et il pense que seul l'échelon local restera à terme démocratique dans son fonctionnement. La Belgique est décidément toujours en avance sur les autres pays européens: elle est devenue premier Etat occidental à accepter la post-démocratie au niveau national.

 

Voici un extrait éclairant du livre d'Emmanuel Todd paru en 2008 ("Après la démocratie", pp. 286-287, édition Folio actuel, 2010):

 

"Mais n'oublions pas que la démocratie ne représente après tout qu'une infime période de l'histoire humaine et que bien des régimes politiques se sont passés d'élections. La cooptation existe. Afin de réduire au minimum le risque évoqué par Weber, on pourrait conserver aux Français le droit de voter aux élections locales. (...) D'ailleurs ce système à deux niveaux combinant autorité supérieure sans contrôle et suffrage local existe déjà: l'Europe. Tandis qu'à l'échelon inférieur de la nation le suffrage universel subsiste, à l'échelon supérieur des institutions communautaires la cooptation règne. En lui-même, cependant, le cadre européen est neutre. Il a servi jusqu'à présent à expérimenter une gouvernance non démocratique."

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La Belgique elle est donc bien en voie de fonctionner comme l'Union européenne: des élections pour le principe, une cooptation et une répartition particratique des postes importants, sans réel contrôle démocratique, à l'échelon national.

 

Peut-être est-ce d'ailleurs pour cela que les politiciens actuels crient tous en choeur depuis six mois: "Surtout pas de nouvelles élections!" (l'électeur, par définition, n'y comprenant rien et votant mal).

 


Par Jean-Sébastien Jamart
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